Tribunes et Conférence de l’Ambassadeur sur l’intervention française au Mali [sv]

0 Le 17 janvier, l’Ambassadeur de France en Suède, M. Jean-Pierre Lacroix, a publié une tribune dans le quotidien suédois Aftonbladet pour expliquer les raisons et les objectifs de l’intervention militaire française au Mali. Le 30 janvier, l’Ambassadeur a tenu une conférence sur le Mali, à l’invitation de l’Institut suédois de politique étrangère (UI), en présence d’Anna Jardfeldt, directrice de l’Institut et de Niklas Bremberg, chercheur à UI, et devant un public nombreux. Enfin, le 7 februari, le quotidien SvD a publié une autre tribune de l’Ambassadeur intitulée "Le Mali a besoin de la Suède ".

Tribune de l’Ambassadeur du 17 janvier : "Pourquoi la France intervient au Mali"

Lire la tribune en suédois sur le site du journal Aftonbladet..

Depuis plusieurs mois, des groupes armés islamistes occupent le Nord du Mali. Ils ont imposé un ordre de terreur à la population, en tous points comparable à ce que les talibans avaient imposé lorsqu’ils avaient conquis le pouvoir en Afghanistan : déni des droits les plus élémentaires, en particulier aux femmes, châtiments corporels moyenâgeux comme les amputations, destructions d’un patrimoine culturel inestimable, comme dans la ville de Tombouctou. Ces groupes sont non seulement extrêmes et fanatiques dans leur idéologie ; ils revendiquent aussi ouvertement leur soutien au terrorisme, en particulier en France et en Europe, et entretiennent des relations étroites avec le crime organisé et notamment les trafiquants de drogue qui sont très actifs dans cette région du monde. Une grande partie de leurs ressources financières vient d’ailleurs du trafic de drogue.

La communauté internationale a réagi à cette situation et a pris les décisions nécessaires pour apporter une réponse collective à ce défi. A la demande des organisations africaines, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union africaine, les Nations Unies ont autorisé le déploiement d’une force africaine pour aider le Mali à mettre fin à cette occupation du Nord de son territoire. L’union européenne a de son côté décidé d’apporter une aide à la formation et à la restructuration de l’armée malienne. Mais la mise en œuvre de ces décisions sur terrain a pris du temps, peut-être trop de temps, car il faut mobiliser de nombreuses ressources, financières, humaines et matérielles.

Les groupes armés ont tenté de mettre à profit ces délais pour envahir le sud du Mali et occuper sa capitale, Bamako. C’est pourquoi ils ont lancé l’attaque de ces derniers jours. Et c’est pourquoi le Mali a demandé, dans l’urgence, l’aide militaire de la France. Celle-ci a répondu positivement à cette demande ; elle seule dispose de moyens rapidement mobilisables dans cette partie du monde, et si elle n’avait pas réagi, les groupes armés auraient rapidement pris le contrôle du reste du Mali. Les conséquences auraient été tragiques pour ce pays, comme pour l’Afrique et l’Europe. Soumission d’une population entière à un ordre tyrannique et obscurantiste ; création d’un Etat sanctuaire pour les terroristes à moins de 2000 kilomètres de l’Europe, avec pour conséquence un menace accrue pour notre continent.

La France agit dans le respect de la légalité internationale, à la demande d’un pays agressé et en conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité, qui appellent tous les États à soutenir le Mali dans le rétablissement de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Elle a reçu le soutien des Nations Unies, des organisations africaines, et de ses partenaires de l’Union européenne, dont la Suède par la voix de Carl Bildt. Plusieurs pays – Etats-Unis, Canada, Royaume Uni, Belgique, Danemark - apportent une aide, notamment logistique, à cette intervention et d’autres envisagent de le faire. Des troupes de plusieurs pays africains seront déployées au Mali dans les jours qui viennent pour renforcer les moyens mis en appui des forces maliennes.

La France n’a ni le souhait ni la vocation à rester en première ligne au Mali. L’action de la France, décidée dans l’urgence pour répondre à une situation d’extrême urgence, doit maintenant se prolonger par le déploiement rapide d’une force africaine, et par la mise en œuvre rapide des soutiens, financiers et logistiques, qui seront nécessaires aussi bien à cette force qu’à l’armée malienne. Elle doit aussi se prolonger rapidement par une action intensifiée pour conforter les institutions démocratiques du Mali et répondre aux attentes des populations du Nord. Cela passe aussi par une aide humanitaire renforcée à ce pays, l’un des plus pauvres d’Afrique. Le Mali va avoir besoin d’une forte mobilisation internationale dans les mois à venir.

Jean-Pierre Lacroix

Tribune de l’Ambassadeur du 7 février : "Le Mali a besoin de la Suède"

Lire la tribune en suédois sur le site du journal SvD..

L’intervention française au Mali entre dans une nouvelle phase, une phase plus longue et sans doute encore plus difficile que la première.

Il y a trois semaines, l’armée française a dû intervenir en urgence, à la demande du Président du Mali et avec le soutien complet des Nations Unies pour arrêter les groupes armés qui se dirigeaient vers Bamako. Ces groupes contrôlaient déjà le nord du Mali, où ils faisaient régner la violence, l’arbitraire et l’intolérance la plus sauvage. En plus de leur idéologie fanatique, ils participent activement à divers trafics, notamment de drogue et d’êtres humains. Sans la rapidité de notre réaction et l’efficacité de nos troupes, aujourd’hui, l’Etat malien n’existerait plus et ce pays serait devenu un sanctuaire permettant aux terroristes de s’organiser pour venir frapper l’Europe.

En trois semaines, l’armée française, aux côtés de l’armée malienne et désormais d’autres troupes africaines, a repris les principales villes du pays. La rapidité des progrès ne doit pas conduire à sous-estimer la menace que ces groupes continuent de faire peser. Pour obtenir ces succès, la France a dû déployer plus de 3 500 combattants et des moyens aériens et blindés. Des coups très durs ont été portés aux djihadistes, mais la menace est loin d’avoir été totalement éliminée et les défis pour l’avenir sont très importants.

1) Il faut maintenir la sécurité et la confier aux Maliens et aux Africains

Il faut d’abord maintenir la sécurité et la confier aussi vite que possible aux Maliens eux-mêmes avec l’aide d’autres pays africains. Le Président de la République, François Hollande, a dit en fin de semaine dernière à Bamako que « la France restera aussi longtemps que nécessaire », mais il a également été très clair sur le fait que la France n’a pas vocation à rester en première ligne.

Avant même l’accélération des événements du début de l’année, les Nations Unies avaient autorisé le déploiement de troupes africaines en soutien aux Maliens. Ces troupes arrivent désormais sur place. Elles comptent plus de 3000 soldats venant de 7 pays. Des renforts continuent d’arriver. Les pays qui les envoient figurent pour certains parmi les plus pauvres du monde. Il est évident que la communauté internationale doit apporter une aide, soit sous forme de matériel, soit financière, comme le fera l’Union européenne.

Il faut aussi aider l’armée malienne à se restructurer et à se rééquiper. L’Union européenne prépare l’envoi de formateurs, en tout près de 450 hommes dont une unité de protection.

La Suède, fidèle à sa tradition d’engagement international, participe à tous ces efforts : elle aidera les forces africaines à se déployer, à travers du transport stratégique, et participera à la mission européenne de formation. Il faut se préparer à poursuivre ces efforts dans la durée car il est évident que la situation ne sera pas stabilisée avant un certain temps. Toutes les formes d’aide sont les bienvenues.

2) Il faut encourager la paix et pour cela il faut reconstruire l’Etat malien

Une solution durable passe surtout par la réconciliation au Mali, ce qui prendra encore plus de temps et nécessitera le soutien de la communauté internationale.

Ce qu’il faut, immédiatement, c’est tout faire pour éviter de rentrer dans le cycle des vengeances et des exactions. La France a demandé aux Nations Unies de déployer le plus vite possible une mission d’observateurs des droits de l’homme. Sur place, les forces françaises sont prêtes à aider ce déploiement, dans la mesure de leurs moyens.

Ensuite il faut engager un processus qui permette des élections et un dialogue avec toutes les communautés et les groupes qui ne sont pas terroristes et reconnaissent l’intégrité du Mali. Le Parlement malien a adopté le 29 janvier une feuille de route précise, avec un calendrier, et le Président malien a déclaré que des élections auraient lieu au plus tard le 31 juillet.

Enfin il faut que l’Etat Malien, son administration, recommencent à fonctionner dans les zones auparavant contrôlées par les groupes terroristes.

Tout ceci ne se fera pas sans le soutien de la communauté internationale. Un soutien politique bien sûr, mais aussi un soutien financier. L’Union Européenne doit reprendre au plus vite son aide au développement, gelée après la tentative de coup d’Etat du printemps. Nous espérons que les États membres, et notamment la Suède, le feront également. Bien sûr, le Mali est l’un des pays où l’aide au développement est difficile à mettre en œuvre : comment s’assurer que les fonds seront correctement employés ? Comment lutter contre la corruption ? Il est évidemment important de faire preuve de vigilance. Mais, veut-on venir en aide à un État fragilisé ou le laisser se transformer en État failli ?

La Suède fait partie des quelques pays qui ont une Ambassade à Bamako. Cette présence est très utile. Le Mali a besoin de la présence et de l’aide du plus grand nombre possible. La cause du Mali est aussi la nôtre. C’est une affaire de solidarité et c’est aussi notre intérêt, celui de la France, celui de la Suède car, comme la prise d’otage en Algérie l’a montré, nous sommes tous des cibles aux yeux des criminels terroristes.

Jean-Pierre Lacroix

Conférence de l’Ambassadeur à UI le 30 janvier

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L’Ambassadeur, Anna Jardfledt, directrice de l’Institut suédois de politique étrangère et Niklas Brember, chercheur à l’Institut

Cette intervention, et les réponses aux questions de la salle, ont notamment permis :

0- de faire le point sur la situation sur le terrain, d’expliquer les raisons de l’intervention française et les objectifs de l’opération.

- de rappeler le soutien apporté par la Suède, par l’UE, et par la communauté internationale dans son ensemble à cette action.

- de souligner la mobilisation de l’Afrique et la nécessité de mener à bien et rapidement le déploiement déjà engagé de la force africaine au Mali (MISMA)

- d’évoquer la nécessité de restaurer durablement la stabilité du Mali, notamment à travers le plein respect des droits de l’homme, la mise en œuvre de la transition démocratique et, l’intensification de l’aide humanitaire et du soutien international au développement du Mali.

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Jean-Pierre Lacroix, Ambassadeur de France en Suède

Modifié le 26/03/2014

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