Tribune de l’Ambassadeur sur la zone Euro (SVD) [sv]

Publié dans SVD le 20 Novembre 2011.

Lire cette tribune sur le site du journal (en suédois).

Pourquoi il ne faut pas craindre un renforcement de la zone Euro.

La crise financière a conduit les États de la zone Euro à prendre plusieurs mesures qui vont fortement renforcer la coordination interne et l’intégration de cette zone : convergence accrue des politiques économiques, fiscales et budgétaires, discipline et surveillance mutuelle accentuées, création d’un véritable gouvernement économique de la Zone Euro, à travers la réunion régulière des Chefs d’État et de gouvernement des pays partageant la monnaie commune et le renforcement des instances de suivi.

0Ces mesures sont la contrepartie indispensable de l’effort de solidarité sans précédent engagé entre les pays de la zone euro, à travers notamment le fonds européen de stabilité financière, dont les moyens ont été accrus. Elles sont nécessaires et bienvenues ; elles viennent enfin compléter l’édifice inachevé qu’était jusqu’à présent une monnaie commune à 17 pays sans mécanisme fort de gouvernance budgétaire et économique commune.

0Si nous réussissons collectivement à mettre en place et à faire fonctionner ces nouveaux outils de gouvernance, la zone Euro sera plus forte, mieux préparée pour prévenir les crises et y répondre rapidement et efficacement.

Ces changements sont dans l’intérêt de l’Union européenne dans son ensemble, y compris des pays qui, comme la Suède, ne sont pas membre de l’Euro. La Zone Euro représente à peu près les trois quarts de l’économie de l’Union européenne ; elle est de loin le principal partenaire commercial des pays de l’Union européenne qui n’appartiennent pas à l’Euro. La stabilité retrouvée de l’Euro est donc une condition essentielle de la prospérité de l’ensemble de l’Union européenne.

C’est pourquoi il ne faut pas craindre, mais plutôt souhaiter, un renforcement de la zone Euro. Un tel renforcement n’affaiblira pas l’Union à 27 :

  • d’une part car il est complémentaire des orientations décidées dans le cadre de l’Union européenne, à travers le paquet législatif sur la gouvernance économique qui vise à renforcer la convergence des politiques économiques et budgétaires des 27 ;
  • d’autre part car l’Union européenne détient et continuera de détenir des compétences essentielles dans le domaine économique, qu’il s’agisse du marché unique, de la politique commerciale, ou encore de l’indispensable renforcement de la capacité de l’Union européenne à favoriser l’innovation scientifique et technique. Nous serons, au contraire, d’autant mieux en mesure de préparer, à 27, les conditions de la prospérité future de notre Union que la zone Euro se sera dotée des moyens de préserver sa stabilité.

0Il nous faut pour cela aller plus loin, à 17, que les autres dans la convergence de nos politiques économiques ; cela devra-t-il passer par des modifications limitées au traité de l’Union européenne ? La question est posée et une réflexion s’engagera sur la base, notamment, d’un rapport qui a été demandé à M. Van Rompuy pour la fin de l’année. Beaucoup dépendra alors, sans doute, des résultats concrets enregistrés dans l’application des décisions déjà prises. Mais l’objectif poursuivi, avec ou sans modification du traité, ne change pas : assurer que les politiques suivies par les pays de la zone Euro soient cohérentes avec l’objectif de stabilité de la monnaie unique.

Pour des raisons diverses, et dans des conditions variables, plusieurs pays de l’Union européenne ont décidé de ne pas adopter l’Euro. Parce qu’elle est fondée sur le principe de démocratie et de libre consentement des États, l’Union européenne offre un paysage de diversité dans lequel certaines des politiques communes ont pu voir le jour sans être adoptées par l’ensemble des États-membres. Il ne faut pas regretter cette flexibilité qui a permis à l’UE de faire des progrès dans des domaines-clés - la suppression des contrôles aux frontières ou la politique de sécurité, par exemple - beaucoup plus rapidement qu’elle n’aurait pu le faire en recherchant systématiquement l’unanimité .

Il s’agit d’une des réalités de l’Union européenne qui ne sera pas fondamentalement modifiée par le renforcement de la zone Euro car celle-ci n’a que la vocation de veiller à l’Union monétaire, et non celle de devenir une sorte d’UE "plus" qui prétendrait imposer ses décisions aux autres. Au surplus, les Chefs d’État et de gouvernement de la zone Euro ont souligné, à travers des dispositions très précises, leur volonté s’assurer dans la conduite de la zone Euro une totale transparence et une étroite articulation avec l’Union à 27.

0Mais chacun doit assumer les responsabilités qui découlent de ses choix ; la responsabilité des membres de la zone Euro, vis-à-vis d’eux même et du reste de l’UE, est de faire le nécessaire pour pérenniser la monnaie unique, dont les difficultés actuelles ne doivent pas faire oublier le bilan très largement positif en terme de stabilité des prix, de protection du pouvoir d’achat et de facilitation des échanges. Un bilan dont toute l’économie européenne a bénéficié et doit continuer à bénéficier, pour que nous puissions mieux travailler, à 27, à relever les nombreux défis de notre avenir commun.

Jean-Pierre Lacroix
Ambassadeur de France en Suède

Modifié le 22/11/2011

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