La presse commente le résultat des élections législatives 2010

Toute la presse consacre de très larges développements aux résultats des élections d’hier. « Le chaos », titre Aftonbladet. « Tout le monde a perdu », estime l’éditorialiste « Une extrême droite d’inspiration nazie est entrée au Riksdag. Fredrick Reinfeldt conserve son poste, et son action dépendra de l’attitude d’un parti ouvertement raciste », poursuit-elle. Les autres titres insistent sur « le succès historique de la droite » (« pour la première fois, un gouvernement conservateur est reconduit au pouvoir », expliquent Svenska Dagbladet et Dagens Nyheter) et « les résultats catastrophiques du parti social-démocrate ». « Un succès terni par les 20 élus obtenus par les Sverige Demokraterna. «  Une situation particulièrement difficile attend le nouveau gouvernement », estime le commentateur de DN.

«  Nous sommes dans l’incertitude : la droite est vainqueur, mais n’a pas de majorité absolue  », estime en substance l’ensemble de la presse, qui évoque par ailleurs «  l’appel du Premier Ministre en direction des Verts », « courtisés ce matin par l’ensemble de la classe politique », écrit Aftonbladet. « L’invitation [du Premier ministre] est une manière de nous rendre responsables de la tournure que les événements vont prendre » s’insurgeait Maria Wetterstrand après l’appel lancé par Fredrik Reinfeldt ». « Comment peut-on, après la campagne électorale, regarder nos électeurs en face tout en acceptant une telle offre ? », poursuit la porte-parole des Écologistes. Au sein du parti, les avis étaient, dès hier soir, plus nuancés : « Nous ne sommes ni de droite ni de gauche », rappelait ainsi Per Gahrton, l’un des fondateurs du parti. « Une déclaration qui laisserait envisager une collaboration au sein du Parlement » (Expressen), Ce matin, Peter Eriksson, « s’est dit prêt à engager des discussions avec l’Alliance », soulignant toutefois qu’il « lui semblait difficile d’arriver à un accord » (SR).

A gauche

« Les sociaux-démocrates ne sont plus maîtres de l’agenda politique », constate, sans appel, Aftonbladet. « C’est la fin d’une époque » renchérit Dagens Nyheter (DN). En effet, le PSD, qui reste le premier parti de Suède avec 30.8% des suffrages, a « fait son plus mauvais score depuis 1914 ». « Il est désormais un parti comme les autres » (Expressen), à peine plus important que le parti modéré (conservateur), le « nouveau parti des travailleurs ». Mona Sahlin a exprimé sa déception face « à un très mauvais résultat ».

L’heure est désormais « aux mines sombres et aux analyses ». Pour la direction, il s’agit à la fois de comprendre son propre résultat, et celui de l’extrême droite  » (Sydsvenskan). D’aucuns déplorent que leur « message n’a pas atteint les électeurs (DN). Pour Expressen, « Mona Sahlin, comme elle l’a indiqué, va rester à la tête du parti, et faire porter à la Gauche la responsabilité de la défaite ». Plusieurs personnalités sociale-démocrates ont d’ailleurs exprimé leur scepticisme vis-à-vis de l’existence même de la coalition rouge-verte : ainsi pour Mikael Damberg, « le PSD a payé le prix fort pour ses alliances », tandis que Wanja Lundby Wedin, chef du tout puissant syndicat LO, a précisé que « la collaboration rouge-verte a sans doute été un facteur de confusion pour certains de nos électeurs  ». Une des causes majeures des mauvais résultats du parti, estiment aujourd’hui de nombreux commentateurs de la presse quotidienne.

Quid de l’avenir ? « Il n’y a pas de candidat crédible à la succession de Mona Sahlin et le parti « semblait hier soir s’être enfin réconcilié avec Mona » (Aftonbladet), envers laquelle « il devrait se montrer loyal » (DN). Cependant, il sera nécessaire de renouveler le bureau du PSD « afin de mettre en avant des idées neuves (Aftonbladet). Seul Svenska Dagbladet (SvD) estime qu’il « est temps que Mme Sahlin s’en aille ». « Cette campagne a été son chemin de croix ».

La Gauche (ex-communiste) n’a pas réussi à améliorer son score. Elle a d’ailleurs perdu quelques électeurs (de 5.8% en 2006 à 5.6% cette année) et «  obtiendrait moins de représentants que les Sverigedemokraterna  » (DN). Son président, Lars Ohly, a immédiatement fait son autocritique : « Nous avons échoué. Nous avons été contaminés par le vent de droite qui souffle sur l’Europe. Ce n’est pas un hasard si l’extrême-droite entre au Parlement après quatre ans de gouvernement de droite » (DN). Dans le studio de SVT, Lars Ohly a refusé de se trouver dans la même pièce que Jimmie Åkesson, le leader de l’extrême-droite. Il a également réitéré son désir de poursuivre la collaboration rouge-verte, dont l’avenir parait toutefois incertain aux experts.

Les Verts peuvent être considérés comme « les vrais gagnants du scrutin ». Ils réalisent leur meilleur résultat avec 7.2% des suffrages et 25 sièges, et ont désormais un « rôle clé » (DN). « Tout indique qu’ils vont choisir de coopérer » estime la politologue Lena Wängnerud dans DN : " ils ne veulent pas permettre à l’extrême-droite d’arbitrer au Parlement, et ils sont sur la même ligne que l’Alliance sur plusieurs dossiers".

++++ A droite

Les Modérés (conservateurs) ont obtenu 29,9% des voix : leur meilleur score depuis 100 ans. Per Schlingmann, secrétaire du parti, déclare : « il est essentiel que le bloc ayant obtenu le plus important nombre de voix puisse gouverner, sans être dépendant des Sverige Demokraterna, avec lesquels nous refusons de coopérer.  » Selon Bo Lundgren, ancien dirigeant des Modérés, « il faut que des soutiens inter blocs se mettent en place, pour ne pas laisser d’influence à l’extrême droite ».

Avec 7% des voix, les Libéraux (Folk Partiet) enregistrent un léger recul par rapport aux élections de 2006. Erik Ullenhag, Secrétaire du parti, se déclare satisfait de la victoire de l’Alliance, rappelant que l’ambition première de son parti est de siéger dans un gouvernement de coalition. E. Ullenhag estime par ailleurs que c’est parce que les Sociaux-démocrates ont accordé trop d’importance aux Sverige Demokraterna dans les débats que ce parti a pu entrer au Parlement.

Le parti du Centre enregistre un recul sur 0 ,8 % par rapport à 2006, mais se félicite tout de même d’avoir obtenu 6,7% des voix, « La dirigeante du parti, Maud Olofsson, pourrait malgré tout perdre son poste de vice premier ministre au profit du leader des Libéraux », estime Expressen. « Mon avenir personnelle n’a pas d’importance », commente la principale intéressée. « Ce qui compte, c’est politique que nous allons mettre en œuvre durant les quatre prochaines années ».

Légère déception pour les Chrétiens-démocrates qui n’obtiennent que 5,7% des voix, ce qu’ils expliquant par la faible importance accordées aux questions de famille et de santé dans le débat électoral.

«  Les tractations ont d’ores et déjà commencé pour la formation du gouvernement  », estiment les commentateurs d’Expressen et Aftonbladet. « Les Modérés y verront leur position, déjà dominante, renforcée. Quant aux Chrétiens-démocrates et au Centre, ils devraient chacun perdre un portefeuille ».

++++ Extrême droite

Pour la première fois depuis 1991, un parti autre que les 7 membres de l’Alliance et de la coalition rouge-verte va entrer au parlement. Dès le 5 octobre prochain, vingt députés d’extrême droite siégeront au Parlement. « Nous sommes prêts à collaborer avec n’importe quel autre parti », a déclaré Björn Söder, secrétaire des Sverige Demokraterna, à Dagens Nyheter. J. Åkesson, leader du parti, précise que l’extrême droite « ne veut pas créer le chaos, mais seulement prendre sa place dans le débat parlementaire ». « Nous allons commencer par prendre contact avec les partis qui nous intéressent le plus ».

Le premier débat au cours duquel la position de l’extrême droite pourrait être déterminante concernera sans doute la présence suédoise en Afghanistan. Les Sverige Demokraterna sont du même avis que l’opposition rouge-verte : ils souhaitent une retraite des troupes suédoises au plus tard en 2013. J. Åkesson, leader du parti, déclare « Je ne peux pas annoncer maintenant ce que nous allons voter. Nous sommes prêts à négocier, ce qui implique que l’on nous offre quelque chose en échange de notre soutien, par exemple en matière de politique migratoire ».

Toujours dans Dagens Nyheter, B. Söder exprime sa rancœur à l’encontre des médias suédois, en particulier Expressen et Aftonbldet, pour avoir largement critiqué son parti pendant la campagne : « Les médias suédois sont liés au pouvoir », estime le secrétaire des Démocrates de Suède. Certains journaux ont en effet accusé le parti d’exagérer le coût de l’immigration, qui est restée le cheval de bataille de l’extrême droite pendant toute la campagne. Depuis 15 ans, le parti a pourtant beaucoup travaillé pour se débarrasser de son image raciste, et pour faire oublier ses liens originels avec l’organisation néo nazie Bevara Sverige Svenskt (BSS). Pour les élections en 2010, le parti aurait soigneusement vérifié qu’aucun de ses candidats au Parlement n’aient déjà été condamnés par la justice, ou n’aient participé à des organisations ouvertement racistes. Il semble toutefois que le parti ait été moins prudent concernant les candidats aux Conseils généraux et municipaux. Selon le magazine Expo, 51 candidats d’extrême droite aux élections locales auraient déjà eu des relations avec des mouvements racistes.

« La Suède a fait entrer la haine » titre Aftonbladet, qui consacre quatre pages à l’histoire du parti depuis sa fondation en 1988. « Lorsque les membres de Sverige Demokraterna ont pleuré de joie cette nuit, beaucoup de Suédois d’origine étrangère ont pleuré de tristesse, en particulier les Musulmans qui sont le premiers souffre-douleurs du parti ». Dagens Nyheter constate que même si les personnes ouvertement racistes sont exclues du parti, la politique réclamée par les Sverige Demokraterna n’a pas changé : « L’idée centrale est toujours qu’une société qui fonctionne bien repose sur l’homogénéité ethnique » résume un professeur en sociologie à l’Université de Stockholm dans le même journal.

Modifié le 20/09/2010

Haut de page