La France et l’Europe : discours du Premier Ministre Manuel Valls au Parlement européen (12 mai 2016) [sv]

Dans de tels moments, nous devons parler clair. Face aux crises que nous connaissons, l’Europe n’est pas le problème. C’est la solution. Mais il faut s’en donner les moyens. C’est le message que je suis venu porter aujourd’hui.

La France est en mouvement

Si nous réformons : c’est parce que la France en a besoin. Pour lutter contre ce chômage de masse auquel nous avons fini par nous habituer ; pour regagner la compétitivité que nos entreprises ont perdue au cours de la décennie précédente ; pour restaurer nos comptes publics.

Assumer l’Europe

Assumer ce qu’est l’Europe, cela signifie, d’abord, aller jusqu’où bout des décisions prises. J’assume de dire que sur Schengen, nous ne sommes pas allés jusqu’au bout et aujourd’hui nous le payons !

Il y a les gardes-frontières européens. Car Schengen, c’est aussi la protection de nos frontières extérieures.

Il y a le contrôle systématique des entrées et sorties de Schengen, seul moyen de traquer la fraude documentaire.

Il y a l’adoption de la directive sur les armes.

Il y a, enfin, le PNR européen ! Je me réjouis – parce que je suis de ceux qui le demandent depuis longtemps – de son inscription à vos travaux de cette semaine, avec le paquet sur la protection des données. Le PNR n’est bien sûr pas la seule réponse à apporter. Mais nos concitoyens ne comprennent pas que sur cette question, nous n’avancions pas. Ils ne comprennent pas notre incapacité à bâtir ce « pacte européen de sécurité ».

J’assume également de dire que nous ne sommes pas allés assez loin dans la construction de la zone euro.

Ma conviction, c’est que l’Europe ne tolère pas la demi-mesure. Rester au milieu du gué n’est plus possible. Il faut de la clarté et de l’engagement.

Une ambition nouvelle pour l’Union européenne

Tout cela va dans le bon sens. Et nous devons le dire à nos concitoyens. Mais cela ne suffit pas. Il faut faire beaucoup plus !

Je propose une Europe pionnière, qui invente un nouveau modèle de croissance.

Je propose également une Europe plus souveraine. Qui s’affirme en toutes circonstances.

Si l’Europe est, comme je le crois, nécessaire à l’équilibre du monde, c’est parce qu’elle porte en elle des valeurs, fruits d’une histoire commune : la démocratie, la liberté de la presse, l’égalité hommes/femmes, la solidarité, la place de la culture, le souci de l’environnement. Si l’Europe doit agir sur la scène internationale, c’est au nom de ses valeurs, pour les faire résonner à chaque fois que nécessaire. Mais aussi parce qu’elles sont au cœur de notre volonté commune de vivre ensemble.

Ce que je propose, c’est une Europe fière d’elle-même, de ce que nous sommes collectivement.

Voilà ce que nous devons faire. Avec tous ceux qui y sont prêts. La question britannique nous oblige à prendre de la hauteur, quel que soit le résultat du référendum, que j’espère positif. Car ma conviction, c’est que la place de ce grand pays est dans l’Union. Mais quoi qu’il arrive, la question de l’Europe différenciée devra être posée. Dans le respect de chacun, de ceux qui ne veulent pas avancer davantage et de ceux comme la France qui veulent poursuivre l’intégration. Ces questions sont devant nous. Et nous devrons être prêts à inventer, innover, à sortir des sentiers battus.

A ceux qui disent que l’Europe est une vieille idée, je réponds qu’elle peut quand même avoir un grand avenir. Car l’Europe est encore une idée neuve en Europe. Travaillons ensemble à la réinstaller au cœur des peuples.

Modifié le 26/05/2016

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