Remise de la Légion d’Honneur à M. Björn Blomberg (21 avril 2016) [sv]

"Lors des remises de décoration, il est d’usage de dire pourquoi la France veut honorer ses amis. Il s’agit, ce soir, de vous rendre hommage, cher Björn Blomberg, devant ceux que je remercie d’être là, certains venus de loin pour être près de vous. Bienvenu Monsieur le ministre Jean-Jacques Queyranne, qui accueillez maintenant notre ami Bjorn en vos terres, bienvenu chère Françoise Petit et vous tous, ses filles, sa famille, ses proches et ses amis.

Donner la perspective d’une carrière comme la vôtre n’est pas chose aisée. Je veux surtout ce soir saluer votre infatigable engagement pour rapprocher nos deux pays, la Suède et la France, et mettre en valeur les raisons - ou plutôt les passions calmes - qui ont fait de vous un ambassadeur d’un pays dans l’autre. Vous êtes né à Stockholm mais après des études de mathématiques et l’approche de la langue russe à Uppsala, vous obtenez ensuite à Linköping votre master of science en management industriel.

Vous devenez très vite un suédois voyageur. Je ne citerai qu’une partie de ce parcours. Vous avez tant sillonné le monde, dormi pendant une période de votre vie plus souvent dans les aéroports ou les avions que dans votre lit. Vous avez aimé et continuez à aimer rencontrer les gens. Dans presque tous les continents, vous leur avez montré votre élégance, votre calme suédois, votre sourire. Dans des pays lointains, parfois dangereux, vous avez conseillé des filiales et des dirigeants. Vous étiez un consultant et un homme d’affaires international. Démarrant chez Elkem à Oslo, puis revenant à Malmö chez Kamas Industri et repartant pour le Japon à Kobe où vous restez quatre ans avant de devenir Président de ELKEM Chemical à Pittsburgh. C’est votre période américaine. Président de BTG à Atlanta puis à Montréal avant un retour, à deux pas, à Solna, chez Primus AB.

Quand on vous connaît un peu et quand on vous écoute, on sent bien la recherche non pas de l‘Eldorado mais de l’endroit où vous pourriez dépasser ce monde un peu volatil des affaires pour atteindre une approche plus terrienne, un endroit pour approfondir les amitiés, les goûts, connaître les habitudes, les terroirs et les histoires. C´est en 1999, en tant que Président Europe, Moyen-Orient et Afrique de Sunbeam Corporation, que vous êtes chargé d´organiser la relocalisation du siège européen, alors à Bruxelles. C’est un virage dans votre vie. Vous connaissiez Lyon mais pour des raisons culturelles ou affectueuses, vous allez convaincre le groupe que ni Bruxelles, ni Londres ne sont le centre du monde. Dali avait décidé que la gare de Perpignan était le centre de la terre, les grecs en avaient fait Delphes avec son omphalos. Vous, Bjorn Blomberg, décidez et imposez au monde sa capitale : LYON !

Commence alors une véritable histoire d’amour et de culture entre vous et la Région Rhône Alpes ; quand je dis région, je pense à la terre, aux pieds de vignes, aux vieilles églises dans les villages, aux collines et aux montagnes traversées de tant de rivières lentes ou vives, aux amis avec qui l’on partage un saucisson et un verre de vin de Crozes Hermitage au bar d’un bistrot, ou des quenelles avec un délicieux Condrieu dans un endroit raffiné. Vous travaillez bien sûr mais vous vous impliquez simultanément dans le rapprochement entre la Suède et Rhône-Alpes. C’est votre manière aussi de construire l’Europe.

Vous vous investissez dans la Chambre de Commerce Suédoise en France et participez à la création de sa section Rhône-Alpes. Vous n’oubliez pas l’Amérique et vous battez en 2000 pour le lancement d’une ligne directe entre Lyon et New York. Bien sûr vous continuez votre carrière comme consultant à Lyon, puis revenez à Stockholm jusqu’en 2012 diriger Swedfund Int AB, l’agence suédoise qui participe au développement des projets dans le tiers monde.

Mais votre enracinement à Lyon n’est pas que professionnel. Bientôt Françoise Petit, votre compagne et votre mentor dans la capitale des Gaules, vous aide à devenir de plus en plus lyonnais et découvre que vous êtes parfois plus lyonnais qu’elle. Etre lyonnais, c’est aussi être au cœur de la gastronomie française. Et votre engagement au service des relations franco-suédoises dans le domaine de la gastronomie devient définitif.

Vous êtes probablement le seul scandinave et même le seul Français à avoir reçu Paul Bocuse chez lui avec le ”Club de Dix”, les « stars » des métiers de bouche. Vous faites fait venir à Lyon, alors, le jeune chef prometteur Niklas Ekstedt que je salue aussi, et qui est devenu étoilé à Stockholm. En 2004, vous élaborez le séjour à Lyon des « Marmites de Helsingkrona » (l’association suédoise de chefs d’entreprises et amateurs de cuisine) qui fêtait ses 30 ans.

En 2005, vous êtes le rare ”non-chef” invité avec les meilleurs chefs du monde aux 40 ans des trois étoiles de Bocuse. Paul Bocuse viendra lui-même en Suède à Göteborg en 2008 dans le cadre de Kungsfenan, un prix dédié à une haute personnalité de la gastronomie. Vous en étiez.

Comment les lyonnais pouvaient-ils vous manifester leur affection et leur reconnaissance ? Peut-être en vous intronisant dans la Commanderie des Côtes du Rhône, dans celle du château de Suze-la-Rousse en 2009, à la Confrérie du Crozes-Hermitage en 2013, juste avant Anne-Sophie Pic. Et récemment dans celle de la Quenelle de Nantua, de celles que nous allons déguster ce soir.

Vous vous impliquez bénévolement au sein du Conseil d’administration de GastronomiSverige AB dès 2008. Le Prince de Suède vient à Lyon en 2011 pour le Bocuse d’Or et vous lui organisez des visites de caves notoires de vignerons amis. Vous avez pu convaincre les ministres suédois du Commerce Extérieur et de l’Agriculture de venir au Bocuse d’Or en 2009, 2011 et 2013. Vous avez œuvré pour que la Suède soit organisatrice du Bocuse Europe en 2014. Ce fut une réussite totale : la Suède en a remporté le premier prix, entrainant dans sa foulée les autres pays nordiques

Enfin, sur place, cette Ambassade et vos amis de Business France savent l’appui permanent que vous leur avez accordé pour mieux rencontrer, comprendre et promouvoir notre gastronomie et les vins français sur ce marché suédois au goût sur et raffiné. J’ai le plaisir de vous dire que la France a repris son rôle sur le podium des fournisseurs de vins en 2015. Cela, s’est fait grâce à l’action de Nicolas de Moucheron et de ses équipes mais aussi avec votre soutien. Cette ambition s’inscrit dans le souhait de la diplomatie française de mettre en valeur la gastronomie française, inscrite au patrimoine de l‘humanité par l’Unesco. Vous étiez d’ailleurs à mes côtés pour le premier dîner l’an dernier, de Good France/Goût de France.

Cher Bjorn, c’est bien ce cheminement au cours duquel vous vous étés devenu français par le cœur, tout en restant suédois bien sûr, que nous reconnaissons ce soir. Et c’est dans cet esprit que je vais maintenant vous remettre votre décoration.

Monsieur Björn Blomberg, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur."

Modifié le 12/09/2016

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