Remise de la Légion d’Honneur à Astrid Söderbergh Widding (19 novembre 2015)

Discours de M. Jacques Lapouge, Ambassadeur de France en Suède, à l’occasion de la remise de la Légion d’Honneur à Astrid Söderbergh Widding.

Stockholm le 19 novembre 2015

"Chère Astrid Söderbergh Widding,
Ladies and gentlemen,

I would like first of all to apologize to those of our guests who do not understand French, but I really thought that, given Astrid’s mastery of the language of Molière, it would be a sin to deliver my speech in English.

Let’s recognize also that we are all aware that the mood tonight is particular. We all have in mind the barbary of November 13 in Paris, we are still grieving for the victims, mostly young people, a lot of students. We know that it was also our way of life that was under attack, our love for culture, most of the victims were attending a concert. The shock wave has been felt beyond France of course. In Sweden, the solidarity has been overwhelming from the authorities and the ordinary citizens, bringing flowers and candles to the embassy, sending messages, illuminating monuments. We are very grateful for that. And the message, everywhere, is the same : we are united, we are not afraid, we will fight back, and we will defend our values of openness and freedom.

Chère Astrid Söderbergh Widding,

C’est un grand honneur pour moi de vous recevoir ce soir à la Résidence de France pour vous remettre les insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Beaucoup ici vous connaissent pour votre fonction actuelle de Présidente de l’Université de Stockholm, un poste que vous occupez depuis bientôt trois ans. On vous sait une présidente active et engagée, dans votre université bien sûr, où votre dynamisme bouscule les habitudes et engage l’établissement vers un avenir que l’on souhaite radieux ; mais active et engagée aussi dans de nombreux conseils d’administration d’organismes tels que la conférence des universités suédoises ou l’Institut de l’environnement de Stockholm, enceintes que vous faites bénéficier de votre expertise du monde académique suédois.

L’université que vous dirigez est un partenaire scientifique et universitaire important de cette ambassade et de la France en général. Elle a des accords Erasmus avec plus de 50 établissements français et reçoit chaque année un contingent de 100 à 150 de nos étudiants. Les Français sont le deuxième groupe en nombre d’étudiants Erasmus de l’Université de Stockholm, juste derrière nos amis allemands et loin devant les autres pays.
Cela traduit l’attrait que votre établissement exerce, ce qui n’est pas surprenant au regard de la qualité de l’enseignement et de la recherche qui s’y pratiquent. Dans l’autre sens, c’est une cinquantaine de vos étudiants qui part en France chaque année et je sais que mes services et les vôtres travaillent de façon régulière pour augmenter ces chiffres. De la même manière nous entretenons des contacts étroits avec le département de français notamment sur le développement d’outils pédagogiques innovants.

Mais, au-delà de votre fonction de présidente d’université, c’est aussi pour un autre aspect de votre carrière et de votre personnalité que nous sommes réunis ce soir autour de vous. C’est à l’experte de cinéma que je m’adresse, dont l’essentiel de la carrière a été consacré, je dirais même dédié au cinéma : des études cinématographiques couronnées par une thèse sur Andreï Tarkovsky en 1992, soutenue dans cette même Alma mater que vous dirigez aujourd’hui, des postes d’enseignante et de chercheuse en théorie cinématographique qui vous ont conduite en 2000 à un poste de professeur dans ce qui s’appelle en suédois la « science du film » (filmvetenskap). Au long de cette carrière, vous avez contribué à former la jeune génération des experts suédois du cinéma en encadrant près d’une vingtaine de thèses de doctorat. Nul doute que vous aurez su transmettre à ces disciples vos connaissances et la passion du cinéma qui vous anime, et que la relève est donc bien assurée.
On vous doit également des ouvrages qui font référence, comme une monographie historique sur la culture du film expérimental suédois, et les lecteurs attentifs ont longtemps pu lire dans différents journaux, notamment Svenska Dagbladet, vos critiques de cinéma toujours avisées.

Le cinéma, votre domaine d’étude et votre passion, mais aussi les metteurs en scène sur lesquels vous avez travaillé, votre intérêt pour la théorie enfin, tout cela vous a amenée à être très fréquemment en relation avec la France, où vous avez d’ailleurs été professeur invitée à plusieurs reprises. Même si vous êtes une experte d’Ingmar Bergman, dont vous avez dirigé la Fondation Ingmar Bergman de 2006 à 2011, votre intérêt pour la France ne s’est jamais démenti. Vous avez ainsi publié des travaux sur les rapports de Marguerite Duras et du cinéma, ou sur Gilles Deleuze et la théorie du film. Cela a sans doute contribué à faire de vous aujourd’hui une excellente connaisseuse de notre pays, dont vous maîtrisez de surcroît remarquablement la langue.

Votre scolarité à la Franska Skolan y est certainement pour beaucoup et je me réjouis à ce titre que vos trois enfants aient également fréquenté (et même fréquentent actuellement pour les deux plus jeunes) cette prestigieuse école qui nous est chère. Un témoignage de plus, parmi beaucoup d’autres, je le sais, que vous ne manquez aucune occasion de transmettre votre amour pour notre langue et notre culture.
Le mot amour n’est certainement pas trop fort quand on sait que vous avez passé tant de vos vacances d’été en France et que vous adorez vous perdre à l’infini dans les trésors des librairies parisiennes, que ce soit à La Procure près de l’église Saint-Sulpice ou feue la librairie La Hune sur le boulevard Saint-Germain près du Café de Flore. Je sais aussi qu’avoir partagé votre passion pour Robert Bresson et Marguerite Duras lors d’une conférence donnée à la communauté dominicaine de l’Epiphanie à Soisy-sur-Seine devant un public profane est un souvenir important pour vous.

Aucune surprise, donc, à ce que vous soyez devenue une interlocutrice privilégiée de cette ambassade. Votre investissement personnel et votre soutien ont d’ailleurs permis la tenue en 2014 d’un important séminaire sur les Médiations interculturelles, trajectoires et circulations entre la France et la Suède de 1945 à nos jours, une manifestation qui a fait date en partenariat entre votre université et l’université Paris-IV. Pour cela, comme pour beaucoup d’autres actions, je vous remercie.

D’autres avant moi ont reconnu vos mérites et ce n’est pas un hasard si vous siégez aujourd’hui dans des institutions suédoises de prestige, comme l’Académie royale des Sciences et l’Académie royale des Lettres. C’est donc avec plaisir, chère Astrid Söderbergh Widding, que je vous invite à en rejoindre une autre, la grande communauté de la Légion d’Honneur et que je prononce les paroles rituelles."

Modifié le 12/09/2016

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