Débat sur le nucléaire en Suède après les évènements au Japon (suite)

0 Alors que des manifestations anti-nucléaires ont eu lieu dans l’ensemble du pays (100 personnes à Stockholm), SKB, l’entreprise chargée des déchets nucléaires en Suède, a déposé hier une demande de permis de construire d’un site d’enfouissement à Forsmark, à 150 km au nord de Stockholm, où se trouve une centrale. Enfouis à 500 mètres de profondeur dans un sol granitique, les déchets seront placés dans des coffres en cuivre, et doivent selon le cahier des charges y être stockés au moins 100.000 ans. Selon Svenska Dagbladet (SvD), cette demande comporte des lacunes, notamment au niveau de la sécurité des coffres, ce que relève un rapport du Conseil des Déchets nucléaires (Kärnavfallsrådet).

Dagens Industri (DI) rapporte que « la durée de vie des centrales est incertaine ». Et de souligner que quatre réacteurs des centrales d’Oskarshamn et de Ringhals ont plus de 31 ans, ce qui signifie qu’ils « devraient être immédiatement fermés si l’on suivait le modèle allemand  ». Le ministre de l’Environnement a déclaré au quotidien économique qu’une telle mesure n’était pas envisagée car la Suède « travaille depuis longtemps et de manière intensive sur les questions de sécurité. Le Gouvernement vient d’ailleurs d’élargir le mandat de la mission d’enquête confiée à l’Autorité de radioprotection sur le renfort de la sécurité et la modernisation des centrales ». Il s’agira, a expliqué le Ministre à Dagens Nyheter (DN), de « tirer les enseignements de ce qui s’est passé à Fukushima ». Il a ajouté que « le nucléaire ne sera sans doute qu’ une parenthèse dans l’histoire de l’Energie en Suède mais que tous les partis étaient d’accord sur le fait qu’il est nécessaire d’y recourir pendant encore une ou deux décennies ». Dans une tribune publiée dans le quotidien, un expert considère que « la Suède devrait fermer les réacteurs les plus anciens » et les « remplacer par de nouveaux réacteurs, plus sûrs ». Par ailleurs, DN estime que l’état de préparation de la Suède en cas d’incident nucléaire « n’est pas à la hauteur », comme « le prouvent les rapports du dernier exercice réalisé à Oskarhamn ».

Dans son éditorial, le quotidien appelle toutefois à ne pas « exagérer les risques en période de crise ». Selon des grands noms de l’industrie suédoise, interrogés par DI, les incidents de Fukushima « porte un coup fatal à la construction de nouveaux réacteurs » et il faut maintenant miser sur l’énergie hydraulique.
Enfin, dans une tribune publiée dans Svenska Dagbladet, la porte-parole des Verts, Maria Wetterstrand, appelle le Gouvernement « à ne pas faire l’autruche et à tirer les conséquences des incidents nucléaires ». « La Suède est l’un des pays qui recourent le plus au nucléaire, et si dix nouveaux réacteurs sont construits, elle sera plus dépendante du nucléaire que ne l’est le Japon  ». Le pays doit maintenant « cesser de se focaliser sur le nucléaire et repenser son système d’approvisionnement en énergie ». « Une bonne partie du monde a compris que l’avenir du marché énergétique était dans les énergies renouvelables, il n’y a donc aucune raison de choisir le nucléaire » conclut-elle.

Le ministère des Affaires étrangères a étendu ses recommandations : tout séjour au Japon est désormais déconseillé. Un rapatriement des Suédois résidant dans l’archipel n’est toutefois pas envisagé.

Modifié le 17/03/2011

Haut de page